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REKLAMA
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Alchimie

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Jan van der Straet - Le laboratoire de l'alchimiste (1551)

L'alchimie est une discipline dont l'objet est l'étude de la matière et de ses transformations. L'un des objectifs de l'alchimie est le grand œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux, notamment des métaux nobles l'or et l'argent. Un autre objectif classique de l'alchimie est la recherche de la panacée (médecine universelle) et la prolongation de la vie via un élixir de longue vie. La pratique de l'alchimie et les théories de la matière sur lesquelles elle se fonde, sont parfois accompagnés, notamment à partir de la Renaissance, de spéculations philosophiques, mystiques ou spirituelles.

Bien que des pensées et des pratiques de type alchimiques aient été présentes dans d'autres civilisations, notamment en Chine (dès le IVe s. av. J.-C.) et en Inde (dès le VIe s.), l'alchimie à proprement parler est vraisemblablement apparue dans l'Égypte hellénistique des Ptolémées entre -100 (avec Bolos de Mendès) et 300 (avec Zosime de Panopolis). Elle s'est ensuite développée dans le monde arabe puis européen durant le Moyen Âge et jusqu'à la Renaissance. Vers la fin du XVIIe siècle siècle l'alchimie connait une phase de déclin sans toutefois disparaître totalement. L'alchimie et la chimie sont difficiles à distinguer jusqu'au XVIIIe siècle et l'alchimie est généralement considérée comme étant à l'origine de la chimie moderne. La dimension spirituelle et philosophique de l'alchimie explique qu'elle continue de nos jours à être pratiquée, par des personnes le plus souvent intéressés par son aspect ésotérique.

Laboratoire de l'alchimiste
Hans Vredeman de Vries, circa 1595

Sommaire

[modifier] Étymologies

Le mot "alchimie" vient de l'arabe: الكيمياء, al-kīmiyāﺀ. Le terme est arrivé en français au XIVe siècle, par le latin médiéval alchemia. Les mots alchimie et chimie sont restés synonymes jusqu'à l'apparition de la chimie moderne au XVIIIe siècle[1].

Différentes hypothèses ont été avancées pour l'origine du mot en arabe[2]. Le mot arabe proviendrait du mot grec khemeioa[3], désignant également l'alchimie dans son acception moderne. Le philologue Hermann Diels dans son Antike Technik (1920) y voyait la "fusion" (du grec ancien chumeia/chêmeia signifiant "art de fondre et d'allier les métaux"). kimiya pourrâit également venir du mot copte kēme (ou son équivalent en dialecte bohaïrique, khēme), lui-même dérivant du démotique kmỉ, correspondant au moyen égyptien Km.t, désignant l'Egypte.

[modifier] Définitions

Le premier type de définition possible est technique, se focalisant sur les objectifs de l'alchimie. Un de ceux ci est le Grand Œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux "vils" (plomb, étain, fer, cuivre, mercure), en métaux nobles (argent, or). Un autre objectif, plus tardif (1584) [4], est la médecine universelle ou un élixir de longue vie, qui guérirait ou qui prolongerait la vie. On peut donc présenter techniquement l'alchimie comme l'art occulte dont l'objectif consiste à réaliser la transmutation des métaux ou la découverte de l'élixir de vie. Ainsi, le Dictionnaire Flammarion :

« Alchimie. Art dont les buts étaient la transmutation des métaux en or par la pierre philosophale, la découverte de la panacée. »

ou du pseudo-Roger Bacon [5] :

« L'alchimie est la science qui enseigne à préparer une certaine Médecine ou élixir, laquelle étant projetée sur les métaux imparfaits, leur donne la perfection dans le moment même de la projection. »

Un deuxième type de définition possible est philosophique. On verra dans l'alchimie la synthèse entre, d'un côté l'enquête ou le travail sur des réalités chimiques, minérales ou naturelles, de l'autre des croyances spirituelles, une quête initiatique sur soi, Dieu, la nature, appuyée sur l'hermétisme et le gnosticisme[6], sur la mystique, égyptienne, grecque ou chrétienne. Selon Serge Hutin par exemple[7]

«  Les alchimistes (…) étaient des 'philosophes' d'un genre particulier qui se disaient dépositaires de la Science par excellence, contenant les principes de toutes les autres, expliquant la nature, l'origine et la raison d'être de tout ce qui existe, relatant l'origine et la destinée de l'univers entier. »

ou de René Alleau (1953)[8]

« Il convient surtout de considérer l'alchimie comme une religion expérimentale, concrète, dont la fin était l'illumination de la conscience, la délivrance de l'esprit et du corps (…). Ainsi l'alchimie appartient-elle plutôt à l'histoire des religions qu'à l'histoire des sciences. »

[modifier] Historique

[modifier] L'alchimie alexandrine

L'alchimie occidentale est née dans l'ancienne Égypte gréco-romaine à Alexandrie entre le Ie siècle avant J-C et le IIIe siècle après J-C.

[modifier] Les origines

"En ce qui concerne la susbtance même de l'alchimie gréco-égyptienne, A.-J. Festugière a montré qu'elle était née de la rencontre d'un fait et d'une doctrine.[9] Le fait est l'art du bijoutier et du teinturier fantaisie, c'est-à-dire l'art de reproduire à meilleur compte l'or, l'argent, les pierres précieuses et la pourpre. La doctrine est une spéculation mystique centrée sur l'idée de sympathie universelle."[10]

L'alchimie est liée à la philosophie hermétique, qu'on peut définir comme "une vision du monde fondée sur les correspondances et 'sympathies' unissant macrocosme et microcosme"[11]. Il ne faut cependant pas confondre les deux, les textes philosophiques du Corpus Hermeticum ne parlant pas d'alchimie.

Des textes à la fois hermétiques et alchimiques apparaissent dès le IIe ou Ier siècle av. J.-C.[12] Sont-ils égyptiens pour autant ? Selon Garth Fowden, "dans le cas de l'alchimie, les anciens Égyptiens sont connus pour s'être intéressés à l'origine et à la nature des pierres précieuses et des métaux, et les textes alchimiques grecs de l'Antiquité tardive contiennent diverses allusions à l'Égypte et à ses traditions, mais nous n'y trouvons rien d'analogue à l'évolution, sans solution de continuité, de la magie pharaonique à la magie gréco-égyptienne. Le même discours vaut pour l'astrologie."[13] L'égyptologue François Daumas est d'un avis opposé : il voit un lien entre la pensée égyptienne et l'alchimie gréco-égyptienne, à travers la notion de pierre, pierre à bâtir ou pierre philosophale[14]. Les Égyptiens avaient une conception dynamique de la pierre. Dans un des Textes des pyramides (513 a), un lapis-lazuli croît comme une plante. Dans une inscription à Abou Simbel, datant du règne de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.), le dieu Ptah, créateur du monde, dit comment les déserts créent des pierres précieuses.

[modifier] Les premiers alchimistes

Deux sources principales de textes de cette époque ont été conservés: deux recueils sur papyrus, conservés à Leyde et à Stockholm datés de 300 après J-C[15] et un corpus constitué à l'époque byzantine[16]. Les textes les plus anciens sont des œuvres de Bolos de Mendès, et des citations ou courts traités mis sous des noms de personnages célèbres, mythologiques ou divins (Hermès, Isis, Moïse...) ou réels (Jamblique, Marie la Juive...). Dans ces textes, écrit avant 300, l'aspect spéculatif de l'alchimie n'est pas forcément présent et les recettes font plus penser à des recettes techniques[17]. Le premier alchimiste de cette période serai peut être Bolos de Mendès, dit le pseudo-Démocrite. Il vivait vers 100 av. J-C[18] ou 200 av. J.-C.[19] on lui attribue le traité Questions naturelles et mystiques [20]. Il s'agit de recettes d'atelier, reposant sur la loi des sympathies et des antipathies, pour fabriquer les quatre objets de l'alchimie d'alors : l'or, l'argent, le pourpre (porphyre), les pierres précieuses. Il semble que le livre date "sous sa forme actuelle" du Ier siècle[21], mais il pourrait remonter à Bolos. Sénèque attribue à Démocrite (donc peut-être à Bolos de Mendès le pseudo-Démocrite) des réussites alchimiques ou simplement métallurgiques notamment le moyen d'amollir l'ivoire ou de convertir par la cuisson certaines pierres en émeraude[22].

En revanche avec Zosime de Panopolis la technique se double d'une mystique et d'une symbolique. Zosime reste le fondateur canonique de l'alchimie gréco-égyptienne. Il vivait, comme sans doute Bolos, à Alexandrie mais aux environ de l'an 300[23]. Ses recettes alchimiques[24] ainsi que ses principes feront autorité. Deux autres auteurs de cette période sont restés célèbres pour leur commentaires ou leur recettes; Olympiodore l'Alchimiste, qui est peut-être Olympiodore le Jeune (un recteur de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie, en 541) et Synésius, qui est peut-être Synésios de Cyrène.

[modifier] L'alchimie arabe

Un certain nombre de traités arabes médiévaux de magie, d’astrologie ou d’alchimie sont attribués à Balînâs Tûwânî (sont attribués à Apollonius de Tyane). Ainsi au VIe s., dans le Livre du secret de la Création. Kitâb sirr al-Halîka donne en arabe le texte de la Table d’émeraude, qui joue un rôle essentiel dans la tradition hermético-alchimique.

"C'est ici le livre du sage Bélinous [Apollonius de Tyane], qui possède l'art des talismans : voici ce que dit Bélinous. (...) Il y avait dans le lieu que j'habitais [Tyane] une statue de pierre, élevée sur une colonne de bois ; sur la colonne, on lisait ces mots : 'Je suis Hermès, à qui la science a été donnée...' Tandis que je dormais d'un sommeil inquiet et agité, occupé du sujet de ma peine, un vieillard dont la figure ressemblait à la mienne, se présenta devant moi et me dit : 'Lève-toi, Bélinous, et entre dans cette route souterrraine, elle te conduira à la science des secrets de la Création...' J'entrai dans ce souterrain. J'y vis un vieillard assis sur un trône d'or, et qui tenait d'une main une tablette d'émeraude... J'appris ce qui était écrit dans ce livre du Secret de la Création des êtres... [Table d'émeraude :] Vrai, vrai, indiscutable, certain, authentique ! Voici, le plus haut vient du plus bas, et le plus bas du plus haut ; une oeuvre des miracles par une chose unique..."


L'alchimie arabe naît en 685 quand, dit la légende, le prince Khâlid ibn al-Yazîd commande au moine Marianus (ou Morienus), élève de l'alchimiste Étienne d'Alexandrie (vers 620), la traduction en arabe de textes alchimiques grecs ou coptes.[25]

Au VIII-Xe siècle apparaît le Corpus Jabirianum, attribué à Jâbir ibn Hayyân[26], dit Geber (vers 770), pose comme première triade celle du corps, de l'âme et de l'esprit. Il insiste sur l'élixir comme remède et panacée, et l'élixir n'est pas seulement minéral. Geber pose aussi un septénaire, celui des sept métaux : or (Soleil), argent (Lune), cuivre (Vénus), étain (Jupiter), plomb (Saturne), fer (Mars), vif-argent (Mercure) ; un autre septénaire, celui des opérations : sublimation, distillation ascendante ou descendante (filtration), coupellation, incinération, fusion, bain-marie, bain de sable. L’argyropée est une étape, non une chute : elle s’intègre dans l’œuvre. Les quatre Éléments et les quatre Qualités sont autonomes. Dans toute substance des trois règnes il est possible d’augmenter, de diminuer la proportion, voire de faire disparaître le chaud, le froid, etc. et ainsi d'obtenir une tout autre substance.

Râzî, appelé Rhazès en Occident, a laissé un Livre des secrets. Kitâb al-asrâr de grande influence. Il n'admet qu'une alchimie intérieure, appelée "alchimie de la félicité" (kimyâ es-saâdah)[réf. nécessaire].

L'encyclopédie des Frères de la pureté (Ikhwân as-Safâ, 963) contient une section sur l'alchimie[réf. nécessaire].

Vers 1020, Avicenne s'est intéressé à l'alchimie dans un chapitre sur la pierre, de son Kitâb al-Shifâ’.[27] L’or est fait de Mercure et de Soufre combinés sous l’influence du Soleil. Une phrase célèbre retient les esprits : "Que les alchimistes sachent qu’ils ne peuvent transmuter les espèces à moins qu’ils ne retournent à la matière première des métaux. Sciant artifices alkimie species metallorum mutare non posse nisi ea in primam reducantur materiam." Le pseudo-Geber (Paul de Tarente, auteur de La somme de perfection. Summa perfectionis, 1260)[28], le pseudo-Arnauld de Villeneuve (Rosarius, av. 1332), Gérard Dorn (Clavis totius philosophiae chymisticae, 1566) reprendront l'idée. Une autre phrase marquera les alchimistes, négativement : "Quant à ce que prétendent les alchimistes, il faut savoir qu’il n’est pas en leur pouvoir de transformer véritablement les espèces les unes en les autres ; mais il est en leur pouvoir de faire de belles imitations, jusqu’à teindre le rouge en un blanc qui le rende tout à fait semblable à l’argent ou en un jaune qui le rende tout à fait semblable à l’or."

[modifier] Le Moyen Âge latin

[modifier] Les traductions de l'arabe

Al-Razi, dans le Recueil des traités de médecine de Gérard de Crémone, 1250-1260

En 1144, Robert de Chester traduit en latin un livre arabe de Morienus Romanus, le Liber de compositione alchemiae quem edidit Morienus Romanus.[29] qui dit :

"Puisque votre monde latin ignore encore ce qu'est Alchymia et ce qu'est sa composition, je l'expliquerai dans ce livre. Alchymia est une substance corporelle composée d'une chose unique, ou due à une chose unique, rendue plus précieuse par la conjonction de la proximité et de l'effet."

Vers les années 1140 Livre du secret de la création contenant la Table d'émeraude est traduit par Hugues de Santalla, puis par Jean de Séville (le Secretum Secretorum, traduit par Philipe de Tripoli vers 1243, sera un des livres les plus connus du Moyen-Âge[30]). Gérard de Crémone (~1114-~1187) traduit Geber et Rhazès.

L'exposé d'Avicenne, traduit en latin (De congelatione et conglutinatione lapidum), vers 1190, se trouve intégré au livre IV des Météorologiques, d’Aristote qui, du coup, va passer pour alchimiste.

[modifier] L'alchimie médiévale latine

Vers 1210, le savant Michael Scot écrit plusieurs traités alchimiques : Ars alchemiae[31], Lumen luminum. Il est le premier à évoquer les vertus médicales de l’or potable ; Roger Bacon (Opus majus, 1266), le pseudo- Arnauld de Villeneuve (Tractatus parabolicus, vers 1290 ?), le paracelsien Gérard Dorn (De Thesauro thesaurorum omnium, 1584) poursuivront dans ce sens.

Vers 1250, Albert le Grand admet la transmutation, il établit l’analogie entre la formation du fœtus et la génération des pierres et métaux[32]. Il est sans doute l'auteur de Alkimia[33], mais pas des autres traités, tels que Semita recta, Alkimia minor ou Le composé des composés. Compositum de compositis [7] (1331). Thomas d'Aquin n'est pas alchimiste, quoiqu'on lui attribue le magnifique L'aurore à son lever (Aurora consurgens), qui présente l'alchimie comme une quête de régénération spirituelle, intérieure.[34], qui date de 1320. [8].

"Le plus grand génie du Moyen Âge", c'est Roger Bacon. Il a son rôle en alchimie.[9] Il a laissé des chapitres solides dans son Opus minus (1267)[35], dans son Opus tertium[36], dans son commentaire au Secret des secrets (1275-1280) qu'il croit à tort d'Aristote ; mais Le miroir d'alchimie (Speculum alchimiae)[10] date du XVe s. : il est d'un pseudo-Roger Bacon. Roger Bacon (Opus majus, 1266) soutient que la médecine des métaux prolonge la vie et que (Opus tertium, 1268) l’alchimie, science pratique, justifie les sciences théoriques (et non plus l’inverse) : le premier, il voit le côté double (spéculatif et opératoire) de l'alchimie.

Les deux principes ou Substances étaient le le Soufre et le Mercure, un troisième s'ajoute dès la Somme de la perfection (Summa perfectionis) (1260) : l'Arsenic. L'ouvrage est attribué à l'Arabe Geber (Jâbir), mais il est du pseudo-Geber, ou Geber latin, Paul de Tarente.

Les auteurs les plus caractéristiques sont Arnaud de Villeneuve (1245-1313), Denis Zachaire, le pseudo-Lulle (début du XVe) s.[37], le chanoine George Ripley [38], le prétendu Bernard le Trévisan[39].

L'année 1330 est la date de la Précieuse perle nouvelle (Margarita pretiosa novella), de Petrus Bonus, qui est un discours théologique. L'auteur distingue recherche scientifique et illumination divine. Il est le premier à faire une lecture alchimique des grands mythes antiques, comme la Toison d’or, Pan, les métamorphoses d'Ovide, Virgile, etc.[réf. nécessaire] ; il sera suivi par Augurelli, Pic de la Mirandole, G. Bracesco + 1555, Dom Pernéty. Petrus Bonus soutient la théorie du mercure seul. Le premier, il compare la pierre philosophale au Christ[réf. nécessaire].

Vers 1350 Rupescissa (Jean de Roquetaillade) (De consideratione quintae essentiae) assimile élixir et alcool, comme un cinquième Élément, une quintessence donc, qui peut prolonger la vie. Il dit que l’on peut extraire cette quintessence de toutes choses, du sang, des fruits, du bois, des fleurs, des plantes, des métaux. D’où certains remèdes. Il fait une alchimie distillatoire, car, pour lui, la quintessence est un distillat extrêmement puissant qui peut s’extraire de l’alcool distillé mille et une fois. Cette théorie de la quintessence introduit l’idée du « principe actif » possédant au centuple les mêmes propriétés que les simples, dont Galien avait détaillé les effets bénéfiques sur le plan humain.

[modifier] L'Alchimie et l'Église

L'Église catholique n'a jamais condamné pour hérésie l'alchimie en tant que telle. Les condamnations ne sont faites que dans des cadres limités : celle des faux-monnayeurs et des magiciens, la discipline interne aux ordres mendiants (Franciscains et domminicains), et au XVIIe la dénonciation des libertins[40]. L'idée de cette condamnation n'apparaît qu'avec les occultistes du XIXe [41].

En 1273, 1287, 1289, 1323, 1356, 1372, les chapitrs généraux des dominicains intiment à leurs frères d'ordre de remettre à leurs supérieurs les écrits d'alchimie ou (en 1321) de les détruire. En 1295, la législation des franciscains leur interdit de lire ou écrire des livres d'alchimie.[42]

Élie de Cortone, Gérard de Crémone, Roger Bacon[43], Jean de Roquetaillade sont des franciscains.

[modifier] La Renaissance

La Table d'émeraude - version latine - Extrait du De Alchimia, Chrysogonus Polydorus (peut-être un pseudonyme du théologien luthérien Andreas Osiander), Nuremberg 1541.

L'ordinaire d'alchimie (1477) de Thomas Norton est à la fois très technique et initiatique.

Paracelse, comme l'a montré un de ses éditeurs, Johann Huser, n'a rien écrit d'alchimique au sens courant du terme (transmutation des métaux), puisqu'il se concentre sur l'utilisation médicale et l'aspect philosophique. Dans son Opus paragranum (1530) substitue aux quatre Éléments les trois Substances (tria prima) que sont le Soufre, le Mercure et le Sel ; il assimile le processus de digestion à l’alchimie, science des cuissons et des maturations.

"Parmi toutes les substances, il en est trois qui donnent à chaque chose leur corps, c'est-à-dire que tout corps consiste en trois choses. Les noms de celles-ci sont : Soufre, Mercure, Sel. Si ces trois choses sont réunies, alors elles forment un corps (...). La vision des choses intérieures, qui est le secret, appartient aux médecins. (...) Prenez l'exemple du bois. Celui-ci est un corps par lui-même. Brûlez-le. Ce qui brûlera, c'est le Soufre ; ce qui s'exhale en fumée, c'est le Mercure ; ce qui reste en cendres, c'est le Sel. (...) Ce qui brûle, c'est le Soufre ; celui-là [le Mercure] se sublime, parce qu'il est volatil ; la troisième Substance [le Sel] sert à constituer tout corps."[44]

Denis Zachaire déclare avoir réussi à transmuter du mercure en or le jour de Pâques 1550 :

"Il ne se passait jour que je ne regardasse d'une fort grande diligence la parition des trois Couleurs [noir, blanc, rouge] que les philosophes ont écrit devoir apparaître avant la perfection de notre divine œuvre, lesquels (grâce au Seigneur Dieu) je vis l'une après l'autre, si bien que le propre jour de Pâques [1550]. Après j'en vis la vraie et parfaite expérience sur l'argent vif [mercure] échauffé dedans un crisot [creuset], lequel se convertit en fin or devant mes yeux à moins d'une heure par le moyen d'un peu de cette divine poudre. Si j'en fus aise, Dieu le sait ; je ne m'en vantis pas pour cela."[45]

Avec Gérard Dorn (Clavis totius philosophiae chymisticae, 1566), Jacques Gohory (Compendium, 1568), Cesare Della Riviera (Le monde magique des héros, 1603) naît une alchimie spéculative, sans pratique opératoire[réf. nécessaire]. Une correspondance s'établit entre les stades du Grand Œuvre et les étapes d’une transmutation spirituelle.

Quand Rodolphe II de Habsbourg est empereur (1576-1612), la capitale de l'alchimie est Prague. Les adeptes de l'époque y convergent : Heinrich Khunrath (auteur d'un admirable Amphitheatrum sapientiae aeternae, 1602)[46], Oswald Croll[47], Michael Maier (auteur de l' Atalante fugitive, 1618)[48]. Cette ville joue le rôle qu'avait joué Alexandrie dans la période gréco-romaine[réf. nécessaire].

Le fameux ouvrage sur Nicolas Flamel (Le livre des figures hiéroglyphiques), daté de 1399, édité en 1612, n'a pu être écrit que vers 1590, peut-être par l'écrivain François Béroalde de Verville[49]. Il développe la notion d' ars magna, une mutuelle délivrance de la matière et de l’esprit par la réalisation de l’œuvre, à la fois spirituelle et physique.[50] [11]

De grands alchimistes marquent encore cette époque dont le pseudo-Basile Valentin[51], le Cosmopolite (Michael Sendivogius ? Alexandre Sethon ?)[52], l'Anglais Eyrénée Philalèthe (George Starkey)[53].

1616 : Les noces chymiques de Christian Rosencreutz, de Jean Valentin Andreae.

En 1677 paraît à La Rochelle un livre singulier, dû à Jacob Saulat : Mutus liber. Livre muet[12] : "toute la philosophie hermétique est représentée en figures hiéroglyphiques", en fait quinze planches, sans texte, qu'Eugène Canseliet éditera et commentera.[54] Le livre semble tenir la rosée pour un élixir.

[modifier] XVIIIe siècle : de l'alchimie à la chimie

De 1668 à 1675 Isaac Newton pratique l’alchimie.

L'alchimie est peu à peu détruite dans ses bases objectivesModèle:Resou. Robert Boyle, en 1661, démonte la notion d'Élément, dans son Scepticall Chemist. Lavoisier en 1783 découvre la composition de l'eau.

Le comte de Saint-Germain, célèbre en France entre 1750 et 1760, serait immortel et capable de produire ou de purifier des pierres précieuses.

[modifier] XIXe siècle et XXe siècle

[modifier] Occultisme

Au XIXe siècle, les quelques alchimistes résiduels sont considérés comme des curiosités, vestiges d'une époque révolue[réf. nécessaire].

Ceux qui pratiquent l'hyperchimie (Tiffereau, Lucas, Delobel, Jollivet-Castelot) veulent faire de l'alchimie de façon strictement chimique. Théodore Tifferau fabrique de l'or à Mexico en 1847, et Gustave Itasse, un chimiste, découvre que cet or possède "toutes les propriétés de l'or natif mais diffère de celui-ci par quelques propriétés chimiques n'appartenant pas en propre à un autre métal."[55] [13]

Certains francs-maçons (Jean-Marie Ragon 1781 - 1862, Oswald Wirth 1860-1943) lient étroitement l'alchimie mystique et la maçonnerie ésotérique.


En 1926 paraît un ouvrage intitulé Le mystère des cathédrales, écrit par un inconnu usant d'un pseudonyme, un certain Fulcanelli. Ce même auteur fait publier quelques années après un autre ouvrage, Les Demeures philosophales. Fulcanelli deviendra au cours du XXe siècle une légende[56]. Canseliet, qui aurait été son élève, va venir souffler le chaud et le froid sur ce personnage, qui, selon la légende, aurait bénéficié du "don de Dieu", l'immortalité (il aurait été vu en Espagne âgé de 113 ans) : "Eh bien, quand je l'ai revu, il avait 113 ans, c'est-à-dire en 1952. J'avais à cette époque 53 ans. J'ai vu un homme sensiblement de mon âge. Attention, je précise, Fulcanelli en 1922 et même avant, c'était un beau vieillard, mais c'était un vieillard." Fulcanelli et Canseliet ont publié quelques ouvrages d'une érudition titanesque au regard de l'alchimie, véritable synthèse de toute la connaissance alchimique et qui suffiraient par eux-mêmes selon les plus fidèles partisans. Sont également auteurs contemporain, Roger Caro, fondateur de l'Église universelle de la nouvelle alliance, Kamala Jnana et Jean Clairefontaine, qui d'ailleurs ne constituent peut être qu'une seule et même personne[57]. Richard Caron[58] fait état d'un regain d'intérêt notoire à partir du début XXe. "On voit s'intéresser à l'alchimie non seulement des occultistes de tous horizons, mais également des écrivains, une certaine partie de la bourgeoisie qui fréquentait les salons littéraires, et particulièrement le milieu médical qui depuis la fin du siècle précédent a fait soutenir, dans ses facultés, un grand nombre de thèses en médecine."

  • Pour Fulcanelli.[59] L'alchimie est ésotérique, l'archimie et la spagyrie exotériques. L'alchimie est "la science hermétique", "une chimie spiritualiste" qui "tente de pénétrer le mystérieux dynamisme qui préside" à la "transformation" des "corps naturels". L'archimie poursuit à peu près un des buts de l'alchimie ("la transmutation des métaux les uns dans les autres"), mais elle utilise "uniquement des matériaux et des moyens chimiques", elle se cantonne au "règne minéral". La spagyrie est "l'aïeule réelle de notre chimie". "Les souffleurs, eux, étaient de purs empiriques, qui essayaient de fabriquer de l'or en combinant ce qu'ils pouvaient connaître de l'alchimie (bien peu de chose!) et des secrets spagyriques."[60]

En 1953 René Alleau publia aux éditions de Minuit un ouvrage fondamental : Aspects de l'alchimie traditionnelle avec une préface d'Eugène Canseliet. C'est d'ailleurs Alleau qui, en 1948, prononça une série de conférences sur l'alchimie auxquelles assista André Breton, et qui eurent un profond retentissement sur le chef de file des surréalistes. On doit au même auteur la collection Bibliothica hermetica.


[modifier] Le positivisme : l'alchimie comme protochimie

Le laboratoire chimique doit énormément à l'alchimie, au point que certains ont qualifié l'alchimie de proto-chimie. C'est en particulier vrai pour certains positivistes qui ne considèrent l'alchimie que sous cet angle. Cette interprétation de l'alchimie comme proto chimie repose entre autres sur les techniques et les ustensiles de l'alchimie, utilisés par les savants (Newton, etc..) avant la méthode scientifique, continue d'être utilisé de nos jours.

Pourtant, l'objet de l'alchimie (la pierre philosophale et la transmutation des metaux) et celui de la chimie (l'étude de la composition, les réactions et les propriétés chimiques et physiques de la matière.) sont réellement distincts. D'autre part le rapport entre l'alchimie et les mythes locaux, et les constantes archétypiques universelles présentes dans la philosophie sous jacente à l'alchimie la distinguent également de celle çi[61]. Plusieurs auteurs du XXe qui ont étudié l'alchimie de manière approfondie la présente comme une théologie, ou comme une philosophie de la Nature plutôt qu'une chimie naissante[62], à ce titre, certains anciens alchimistes se donnaient le titre de 'seuls véritables philosophes'.

L'interprétation de l'alchimie comme relevant uniquement d'une proto-chimie proviendrait essentiellement d'une erreur d'interprétation de Marcelin Berthelot au XIXe[63]. Françoise Bonardel retient également l'hypothèse d'une simplification excessive opérée par certains historiens du XIXe[64].


[modifier] Psychanalyse et Alchimie

Un précurseur : Herbert Silberer. La mise en évidence d'un symbolisme alchimique, similaire dans des civilisations éloignées dans le temps et dans l'espace, a conduit Carl Gustav Jung[65] ou Gaston Bachelard[66] à s'intéresser à ce contenu et à y consacrer chacun un livre. Les approches de Jung et de Bachelard divergent sur le fond, car Jung analyse positivement les rapports de l'alchimie avec le symbolisme religieux, quand Bachelard analyse négativement le rapport psychanalytique de l'alchimie avec l'esprit scientifique[67]. Carl Gustav Jung a particulièrement insisté sur la valeur psychologique ou spirituelle ou même initiatique de l'alchimie. Elle aurait pour fonction l'individuation, c'est-à-dire le perfectionnement de l'individu dans sa dimension profonde, mais à travers l'insconscient.


[modifier] Mircea Eliade

Mircea Eliade, historien des religions, développe dans Forgerons et alchimistes l'idée que l'alchimie, loin d'être l'ancêtre balbutiant de la chimie, représente un système de connaissances très complexe, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, et commun à toutes les cultures. Il développe l'idée, selon l'analogie du macrocosme et du microcosme, que les transformations physiques de la matière seraient les représentations des modalités des rites ancestraux, dans leur trame universelle : Torture - Mort initiatique - Résurrection[68]. Dans "un champ véritablement anthropologique" se situe également l'œuvre de Gilbert Durand, qui revalorise l'imagination.

[modifier] L'alchimie dans les autres civilisations orientales =

[modifier] Chine

Icône de détail Article détaillé : Alchimie taoïste.

La recherche des remèdes d'immortalité fait partie de la culture chinoise antique depuis la période des Royaumes combattants. Les souverains font confiance à la voie des magiciens et des immortels, et ces « magiciens » ont souvent des pratiques s'apparentant à l'alchimie. Sur un plan strictement historique, un savoir de type alchimique est établi, pour la Chine, à partir du IIe siècle avant l’ère chrétienne.[69]. On retrouve la trace, dans les Mémoires historiques de Se-ma Ts’ien, d'un récit parlant de transmutation en or et d'allongement de la vie par des pratiques alchimiques lors du règne de Wu Di de la dynastie Han en 133 av J-C.[70]. D'autres proposent une origine antérieure, Serge Hutin avance que l'alchimie était déjà pratiquée en Chine en dès le 4500 av. J.-C. et, dans le cadre de la Chine légendaire, René Alleau envisage l’analogie entre Hermès Trismégiste et l’empereur jaune, au III° millénaire avant JC [71].

Un texte fondateur, bien qu'il soit plus un traité de cosmologie que d'alchimie, est le Cantongqi (Tcheou-yi san-t'ong-ki. Triple concordance dans le livre des mutations des Tcheou), attribué à Wei Boyang (Wei Po-yang), un Immortel légendaire situé en 142. Le premier traité alchimique chinois connu est le Baopuzi neipian écrit par Ge Hong (283-343 apr. J.-C.)[72]. Les alchimistes chinois font une distinction entre "alchimie extérieure" (waidan, wai tan) et "alchimie intérieure" (neidan, nei tan). L’alchimie exterieure, telle que pratiquée par Ge Hong par exemple[73], cède la place à l’alchimie intérieure qui domine dès la fin des Dynastie Tang en 907. Les premières traces écrites de cette alchimie intérieure datent du VIIIe siècle et s'inscrit dans le cadre du taoïsme[74]

"L'alchimie chinoise, dans ses grandes lignes, ressemble beaucoup à l'occidentale. L'Œuvre alchimique est de nature religieuse. Sa 'pierre philosophale' ou 'élixir d'immortalité' est soit l'or soit le cinabre. L'or recherché est l'or alchimique, artificiel, fabriqué. Deux principes président à cette alchimie. L'un relève de la notion de métamorphose : l'or naturel, le plus pur et le plus inaltérable des métaux, est issu d'une lente maturation... L'autre principe relève de la pensée analogique, en application des lois de correspondance qui gouvernent le monde : de même que l'homme est un microcosme dont la structure est la même que celle du macrocosme, de même, dans l'Œuvre alchimique, le temps de maturation nécessaire pour l'or naturel peut être contracté à la dimension du microcosme, et, par conséquent, accéléré, ou, plus exactement, réduit... De même, l'athanor est une réduction, un monde en petit, ce que reproduit sa forme, affectant fréquemment celle d'un oeuf cosmique, comportant le plus souvent soit trois pieds soit trois étages pour les trois niveaux de l'univers - céleste, terrestre et humain - le supérieur étant rond comme le Ciel et l'inférieur carré comme la Terre... Avec le temps et le vaisseau alchimique, le troisième élément important est constitué par les éléments. Ceux-ci, sont le cinabre, le réalgar, la kanéite (ou l'orpiment, ou l'arsénolite), la malachite et la magnétite, ils sont mis en rapport avec les Cinq Agents : le réalgar à gauche (Bois), l'orpiment à droite (Métal), le cinabre en haut (Feu), et la malchite en bas (Eau)"[75]

[modifier] Inde

L'équivalent de l'alchimie se nomme Rasâyana (littéralement "voie du mercure", l'une des huit branches de l'Ayurveda), et amène vers un élixir de longue vie nommé Ausadhi.[76]

Des rapprochement entre l'alchimie et les pratiques shivaïques et tantriques ont été effectués par plusieurs auteurs: Shiva, qui s'apparenterait au principe actif du soufre, féconde Çakti, qui s'apparenterait principe passif du mercure. Dans la tradition tantrique, le corps devient un Siddha-rûpa, littéralement corps de diamant-foudre[77] se rapprochant du concept de corps de gloire de l'Ars Magna en occident[78].

Les origines l'alchimie en Inde sont amplement débattues.

  • Selon certains auteurs, dont Ananda Coomaraswamy, il faudrait remonter aux Veda, qui parlent du soma comme boisson d'immortalité[79] .
  • Selon Mircea Eliade l'alchimie serait attestée en Inde à compter du IIe siècle après J.-C. et peut-être au IIIe siècle avant J.-C. Il se base sur la présence du tantrisme dans des zones peu touchées par l'islam, l'existence du "Mercure" dans la littérature indienne[80] et la présence de nombreux textes relatifs à l'alchimie dans la littérature bouddhique à partir du IIe s. ap. J.-C[81]
  • Selon Robert Halleux "Une alchimie proprement dite, centrée sur le mercure comme élixir de vie, se développe à partir du VIIe s. de notre ère et connaît une apogée entre 700 et 1300, en liaison étroite avec la spéculation tantrique" [82]
  • Selon A.B. Ketith, Lüders, J. Ruska, Stapleton, R. Müller, E. Von Lippman[83], se basant sur l'arrivée tardive de l'alchimie dans la littérature indienne, ce sont les Arabes qui auraient introduit l'alchimie en Inde vers le Xe siècle.

[modifier] Mésopotamie, Babylone

Le sujet a été étudié par A. Leo Oppenheim et Mircea Eliade.[84] "R. Eisler[85] a suggéré l'hypothèse d'une alchimie mésopotamienne. En réalité, les tablettes dont Eisler faisait état sont soit des recettes de verrier, soit des rituels accompagnant les opérations de métallurgie."[86] Les Mésopotamiens utilisent, dans leurs recettes pour fabriquer de la pâte de verre coloré, un langage secret[87], mais cela relève davantage du secret de métier que de la discipline de l'arcane.

Dès le XIVe s. av. J.-C. en Babylonie et le VIIe s. av. J.-C. en Assyrie il y a fabrication de gemmes de four (artificielles). Ce sont, à peu près, les mêmes recettes qu’on retrouvera à Alexandrie au IIIe s. : imitation des métaux précieux, coloration des pierres, production de la pourpre.

L'étape mésopotamienne est un moment capital dans l'histoire de l'alchimie, car les métaux sont mis en correspondance avec les planètes. Ainsi se place le fondement ésotérique de l'alchimie, à savoir la mise en place de corrélations entre des niveaux différents de réalité dans un monde conçu sur base d'analogies (a est à b ce que c est à d).

"L'argent est Gal [le grand dieu, Anou]
l'or est En.me.shar.ra [Enli]
le cuivre est Éa
l'étain est Nin.mah [Nin-ani]."[88]

La Lune est liée à la couleur argentée, au métal argent, aux dieux Sîn (dieu Lune) et Anum ; le Soleil est lié à la couleur dorée, au métal or, aux dieux Shamash (dieu Soleil) et Ellil ; Jupiter : bleu lapis, étain, Mardouk et Nin-ani ; Vénus : blanc, cuivre, Ishtar déesse de la fécondité et des combats) et Éa ; Mercure jaune-vert, vif-argent (?), Nabou (dieu de l'écriture) ; Saturne : noir, plomb (?), Nirurta ; Mars : brun-rouge, fer (?), Erra (Nergal).[89]


  • influences moyenne orientales: Selon Bernard Gorceix, les traces de l'antique Iran sont nettement perceptibles dans l'élaboration des textes alchimiques et note en particulier l'influence du Zervanisme ou du Zoroastrisme[90] notamment concernant la conception de l'hermétisme gnostique d'un deuxième dieu corrupteur et plus particulièrement la corruption de la matière pas celui ci.

[modifier] Buts de l’alchimie

Jabir Ibn Hayyan dit Geber l'alchimiste Arabe

L'alchimie s'est donné des buts distincts, qui parfois coexistent. Le but le plus emblématique de l'alchimie est la fabrication de la pierre philosophale, ou « grand œuvre », censée être capable de transmuter les métaux vils en or, ou en argent. D'autres buts de l'alchimie sont essentiellement thérapeutiques, la recherche de l'élixir d'immortalité et de la Panacée (médecine univierselle), et expliquent l'importance de la médecine arabe dans le développement de l'alchimie. Derrière des textes hermétiques constitués de symboles cachant leur sens au profane, certains alchimistes s'intéressaient plutôt à la transmutation de l'âme, c'est-à-dire à l'éveil spirituel. On parle alors de "l'alchimie mystique". Plus radical encore, l'Ars Magna, une autre branche de l'alchimie, a pour objet la transmutation de l'alchimiste lui-même en une sorte de surhomme au pouvoir quasi-illimité. Un autre but de l'alchimie, introduit par Paracelse, est la création d'un homme artificiel de petite taille, l'homonculus[91].

[modifier] But métallique : le Grand Œuvre et la transmutation

Icône de détail Article détaillé : Grand Œuvre.
L'Alchimiste par Sir William Fettes Douglas

Le Grand Œuvre avait pour but d'obtenir la pierre philosophale. L'alchimie était censée opérer sur une Materia prima, Première Matière, de façon à obtenir la pierre philosophale capable de réaliser la "projection", c'est-à-dire la transformation des métaux vils en or. Les alchimistes ont développé deux méthodes pour tenter d'obtenir la pierre philosophale: la voie sèche et la voie humide[92] De façon classique la recherche de la pierre philosophale se faisait par la voie dite voie humide, celle ci est par exemple présentée par Zosime de Panopolis dès 300. La voie sèche est beaucoup plus récente et a peut-être été inventée par Basile Valentin, vers 1600. En 1718, Jean-Conrad Barchusen, professeur de chimie à Leyde, dans son Elementa chemicae, développe cette voie. Selon Jaques Sadoul la voie sèche est la voie des hautes températures, difficile, tandis que la voie humide est la voie longue (trois ans), mais elle est moins dangereuse. Fulcanelli dit à ce propos « À l’inverse de la voie humide, dont les ustensiles de verre permettent le contrôle facile et l’observation juste, la voie sèche ne peut éclairer l’opérateur » [93].

Les phases classiques du travail alchimique sont au nombre de trois. Elles sont distinguées par la couleur que prend la matière au fur et à mesure. Elles correspondent aussi aux types de manipulation chimique : œuvre au noir calcination, œuvre au blanc lessivage et réduction, œuvre au rouge pour obtenir l'incandescence. On trouve ces phases dès Zosime de Panopolis. La phase blanche est parfois divisée en phase blanche lessivage et phase jaune réduction par certains auteurs alchimiste avec quatre phase pour l'ensemble au lieu de trois.

[modifier] But médical : la médecine universelle et l'élixir de longue vie

Les Arabes sont les premiers à donner à la pierre philosophale des vertus médicinales et c'est par leur intermédiaire que le concept d'élixir est arrivé en Occident.[94]. La quête alchimique, de métallique aux origines, devient médicale au milieu du XIVe s., avec le pseudo-Arnaud de Villeneuve et Petrus Bonus. La notion de "médecine universelle" pour les pierres comme pour la santé vient du Testamentum du pseudo-Lulle (1332). Johannes de Rupescissa (Jean de Roquetaillade) ajouta, vers 1352, la notion de quintessence, préparée à partir de l’ aqua ardens (alcool), distillée des milliers de fois.[95] Paracelse, en 1531, dans le Liber Paragranum, va encore plus loin, en rejetant la transmutation comme but de l'alchimie, pour ne garder que les aspects thérapeutiques. Il a résumé ainsi sa pensée : "Beaucoup ont dit que l’objectif de l'alchimie était la fabrication de l’or et de l’argent. Pour moi, le but est tout autre, il consiste à rechercher la vertu et le pouvoir qui réside peut-être dans les médicaments." En un sens Paracelse fait donc de l'iatrochimie (médecine hermétique), plutôt que de l'alchimie proprement dite.

La légende veut que l'alchimiste Nicolas Flamel ait découvert l'élixir de jeunesse et l'ait utilisé sur lui-même et son épouse Pernelle. De même la légende du comte de Saint-Germain marqua l'alchimie, il aurait eu le souvenir de ses vies antérieures et une sagesse correspondante, ou aurait disposé d'un élixir de longue-vie lui ayant donné une vie longue de deux à quatre mille ans selon lui.

Aujourd'hui plusieurs laboratoires pharmaceutiques (Pekana, Phylak, Weleda...), revendiquant les remèdes spagyriques de Paracelse, de Rudolf Steiner, d'Alexander von Bernus, de Zimpel, poursuivent cette tradition alchimique médicale.

[modifier] But philosophique : la science hermétique

L'alchimie se veut philosophie. Elle avance un certain nombre de principes et de notions. La nature forme un être vivant, où tout sympathise avec tout. La matière est une et elle recèle des "puissances", des "vertus". On peut transmuter un élément en un autre. Il existe des correspondances entre les métaux et les planètes, mais aussi avec les couleurs, les organes du corps humains, les dieux de l'Antiquité... Le symbolisme n'est pas un langage conventionnel mais un verbe, une parole révélatrice, un système de hiéroglyphes puissant, et réservé à des initiés. Le travail sur la matière revêt une fonction sacrée s'il est accompli selon certains rites.

En même temps, l'alchimie a été à l'origine de découvertes en science. "C'est ainsi, dit Fulcanelli, que Blaise de Vigenère obtint l'acide benzoïque par sublimation du benjoin ; que Brandt put extraire le phosphore en recherchant l'alkaest dissolvant universel dans l'urine ; que Basile Valentin établit toute la série des sels antimoniaux et réalisa le colloïde d'or rubis ; que Raymond Lulle [en fait le pseudo-Raymond Lulle] prépara l'acétone et Cassius le pourpre d'or ; que Glauber obtint le sulfate sodique [sulfate de sodium, ou sel de Glauber] et que Van Helmont reconnut l'existence des gaz. Mais, à l'exception de Lulle et de Basile Valentin, tous ces chercheurs, classés à tort parmi les alchimistes, ne furent que de simples archimistes ou de savants spagyristes."[96] "Geber découvrit plusieurs corps chimiques comme l'eau régale, l'acide sulfurique et l'acide azotique" (Jacques Bergier). On doit donc à J.-B. Van Helmont "la découverte du suc gastrique, du gaz carbonique, l'invention du thermomètre, et celle du mot 'gaz' pour définir les substances aériformes."

[modifier] Classifications et distinctions

  • alchimie chrétienne et alchimie païenne. Dans le Tractatutus parabolicus du pseudo-Arnaud de Villeneuve (milieu du XIVe s.), pour la première fois, l’image du Christ (sa vie, sa Passion, et sa résurrection) est comparée à la pierre philosophale. L'alchimie devient, dès lors, chrétienne.[97] Le pseudo-Lulle : "De même que Jésus-Christ a pris la nature humaine pour la délivrance et la rédemption du genre humain, prisonnier du péché par la suite de la désobéissance d'Adam, de même, dans notre art, ce qui est souillé criminellement par une chose est relevé, lavé et racheté de cette souillure autrement, et par la chose opposée."[98]
  • alchimie médicale (iatrochimie) et alchimie transmutatoire. Le pseudo-Lulle en 1332 donne à l'alchimie une fonction médicale en plus de sa fonction de transmutation[99], plus tard Paracelse en 1531 dans Liber Paragranum va plus loin et ne considère que l’aspect médical : dès lors apparaît une opposition entre deux usages de la pierre philosophale, la production de l’or (chrysopée) ou la guérison des maladies (panacée). La iatrochimie (ou médecine hermétique) a eu "pour principal représentant François de Le Boë (Sylvius) et consistait à expliquer tous les actes vitaux, en santé ou en maladie, par des opérations chimiques : fermentation, distillation, volatilisation, alcalinités, effervescences." L'alchimie médicale a été étudiée par Alexander von Bernus.[100].
  • alchimie pratique et alchimie spéculative. Roger Bacon, en 1268, dans son Opus tertium, 12, distinguait ces deux types-ci d'alchimie : "[Il y a] l'alchimie spéculative, qui traite de la génération des choses à partir des éléments, de tout ce qui est inanimé, des humeurs simples et composées, des pierres communes et des pierres précieuses, des marbres, de l'or et autres métaux, des soufres, sels et teintures, des lapis-lazuli, du minium et autres couleurs, des huiles, des bitumes combustibles, et de choses en nombre infini qu'on ne trouve mentionnées ni chez Aristote ni chez les philosophes de la nature ni chez aucun des Latins. (...) Il y a aussi l'alchimie opérative et pratique, qui enseigne à fabriquer les métaux nobles, les couleurs et beaucoup d'autres choses par l'Art, mieux ou plus abondamment que ne les produit la nature." Une alchimie purement spéculative, sans manipulations, n'apparaît que vers 1565, avec Gérard Dorn.

[modifier] Les différentes interprétations de l'alchimie

L'interprétation des buts poursuivis par l'alchimie est rendu plus difficile par les textes volontairement cryptiques laissés par les alchimistes. Cette difficulté d'interprétation a engendré de nombreuses thèses à propos du sens qu'il convenait de donner à l'alchimie.

[modifier] Théories de l'alchimie

Les alchimistes se fondent sur une conception de la nature et de la matière première. Les théories s'opposent ou se combinent.

  1. Théorie corpusculaire. Anaxagore et Empédocle avaient tous deux avancé l’idée que ce qui nous semble plein et compact est en fait constitué de parcelles, comme l'or est fait de paillettes d'or (Anaxagore). Pour Roger Bacon (Minima naturalia), pour le pseudo-Geber (Summa perfectionis, 1260), pour Newton, la matière est constituée d'éléments, de particules, si minuscules qu'un artisan peut les infiltrer dans celles, plus grossières, d'un métal vil comme le plomb (Zosime de Panopolis) ou le mercure.
  2. Théorie mercurialiste. Un seul Élément, le Mercure. La théorie, qui remonte aux commentateurs grecs et à Jâbir-Geber, s'impose avec le pseudo-Geber (qui combine mercurialisme et théorie corpusculaire), Rhazès, Roger Bacon, Petrus Bonus, Eyrénée Philalèthe (Starkey), lequel déclare : "Tous les corps métalliques ont une origine mercurielle (…) hautement semblable à l’or."
  3. Théorie des quatre Éléments et des deux Principes. L'Arabe Balînâs (le pseudo-Apollonios de Tyane), Jâbir-Geber dans le Liber misericordiae, Avicenne, Albert le Grand affirment que tous les êtres, mêmes les métaux, sont composés des deux Principes : le Soufre et le Mercure, composés à leur tour des quatre Éléments. Newton admet deux composants (qu'il combine avec la théorie corpusculaire) : d'une part "notre mercure", principe passif, froid et féminin, constitué de particules volatiles et ténues, d'autre par, "notre soufre", principe actif, chaud et masculin, constitué de particules fixes, plus épaisses que les particules du mercure.
  4. Théorie des trois Substances. En 1531, Paracelse (Opus paramirum) pose trois Substances : le Soufre, le Mercure et le Sel. Ce qui brûle, c'est le Soufre ; ce qui fume, c'est le Mercure ; les cendres, c’est le Sel. Quand l’alchimiste décompose une chose en ses constituants, le principe sulfureux se sépare comme une huile combustible ou une résine, le principe mercuriel vole comme une fumée ou se manifeste comme un liquide volatil, enfin le principe salé demeure comme une matière cristalline ou amorphe indestructible.
  5. Vitalisme. Avec les stoïciens et les hermétistes, quelques alchimistes soutiennent que de l'esprit (pneûma) habite à l’intérieur des corps. Marsile Ficin[101], Jean-Baptiste van Helmont appartiennent à cette école. Pour Ficin, un Esprit cosmique (spiritus mundi), intermédiaire entre l'Âme du monde (Anima mundi) et le Corps du monde (Corpus mundi), de la nature de l'éther, qui "vivifie tout", qui est "la cause immédiate de toute génération et de tout mouvement", traverse le Tout ; l'alchimiste peut attirer cet Esprit qui peut canaliser l'influence des astres et ainsi transformer les choses.
  6. Théorie atomique. À partir de la théorie scientifique de John Dalton (New System of Chemical Philosophy, 1808), force a été d'admettre la théorie atomique moderne : la matière est faite d'atomes. Du coup, certains alchimistes, pas traditionnalistes, ont défendu une conception matérialiste. La transmutation est possible, physiquement. "Il suffit d’enlever au plomb trois électrons, trois protons et quelques neutrons pour qu’il révèle l’or qui était caché en lui."

[modifier] Terminologie et modalités d'expression

En tant que connaissance ésotérique, les textes alchimiques possèdent la particularité d'être codés. Il s'agit d'un savoir qui n'est transmis que sous certaines conditions. Les codes employés par les anciens alchimistes étaient destinés à empêcher les profanes d'accéder à leurs connaissances. L'utilisation d'un langage poétique volontairement obscur, chargé d'allégories, de figures rhétoriques, de symboles et de polyphonie (voir langues des oiseaux) avait pour objet de réserver l'accès aux connaissances à ceux qui auraient les qualités intellectuelles pour déchiffrer les énigmes posées par les auteurs et la sagesse pour ne pas se laisser tromper par les pièges nombreux que ces textes recèlent.

[modifier] La matière aux mille noms

Le même nom peut qualifier deux 'objets' ou 'sujets' totalement différents mais l'on peut aussi avoir plusieurs noms pour désigner le même objet. Ceci est particulièrement vrai pour le Mercure mais également pour d'autres termes.

Presque tous les traités d'alchimie commencent au début du second œuvre et "omettent" de préciser de quelle matière première utiliser et cette énigme de la matière première est sciemment recouverte par l'énigme du Mercure selon René Alleau[102]. Fulcanelli, par exemple, s'emploie à multiplier les indications tout en restant cryptique[103]. Synésius semble plutôt décrire la matière dans son état avancé[104]. La matière aux mille noms, terme employé par Françoise Bonardel[105], demeure une énigme à double fond. Cet auteur résume la problématique ainsi: « Car si la force de l’alchimie réside bien dans le seul mercure des philosophes, comme le proclama très tôt Albert le Grand (1193-1280), c’est que la substance mercurielle, par excellence protéiforme, est alors envisagée soit comme une materia prima en qui sont latentes toutes les virtualités (dont celle du soufre), soit, après préparation, comme mercure double (ou hermaphrodite) en qui a été consommé et fixé l’union des 2 principes »[106].

[modifier] Alchimie, symboles et signes

Signes des éléments utilisés dans les manuscrit alchimique

Le symbole allégorique ne se recoupe pas avec le symbole chimique et, par exemple, le mercure alchimique n'est pas le mercure chimique.

  • Soufre
  • Mercure
  • Sel

Pour l'alchimie les quatre éléments ne représentent pas des composantes de la matière, en effet l'unicité de la matière est un des principes philosophiques de l'alchimie, mais plutôt des états de cette matière unique se rapprochant plus du concept physique d'état de la matière[107]. Ces éléments sont avec leurs symboles associés: le Feu , Eau